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Pour beaucoup d’entre nous, la question ne se pose même plus. On ouvre le robinet et l’eau arrive. Elle fait partie de ces choses tellement habituelles qu’on ne pense plus vraiment aux infrastructures nécessaires pour l’acheminer jusqu’à notre maison.
Dans le Morvan, pourtant, la réalité de certaines habitations rurales est très différente.
Il existe encore des maisons et des hameaux qui ne disposent pas d’une alimentation en eau comparable à celle que nous connaissons dans les secteurs desservis par un réseau public. Leur approvisionnement peut dépendre d’une source, d’un captage et d’installations que les habitants connaissent, surveillent et parfois entretiennent eux-mêmes.
Et lorsque l’on travaille dans l’immobilier rural, on découvre rapidement que l’eau n’est pas seulement une question environnementale.
C’est aussi une question d’habitat.
J’en ai encore eu un exemple très concret la semaine dernière.
Dans le cadre de mon activité immobilière, j’ai réalisé l’estimation de deux maisons situées dans un hameau du Morvan.
Toutes deux ont une particularité importante : leur alimentation en eau dépend d’une source.
Cette eau est déclarée non potable. Pour l’eau destinée à la consommation, les habitants utilisent donc de l’eau en bouteille.
Mais cette source reste indispensable à leur vie quotidienne : elle permet de disposer de l’eau nécessaire notamment pour se laver et pour différents usages domestiques.
Cette situation peut paraître étonnante lorsque l’on a toujours vécu dans une maison raccordée à un réseau d’eau potable.
Pourtant, ici, elle fait partie de la réalité de certains habitats ruraux.
Et elle soulève une question autrement plus préoccupante : que se passe-t-il si la source ne donne plus suffisamment d’eau ?
Lors d'une période de sécheresse, le niveau d'une source peut diminuer.
Pour une maison raccordée au réseau public, cette situation reste généralement invisible pour son occupant.
Pour une habitation qui dépend directement d’une source, les conséquences peuvent être beaucoup plus immédiates.
Si le débit devient insuffisant ou si la source s’épuise, ce sont les usages les plus élémentaires de la maison qui peuvent être remis en question.
Et lorsqu’une même source dessert plusieurs habitations, c’est potentiellement l’habitabilité de tout un hameau qui peut être fragilisée.
On comprend alors que la préservation des ressources en eau n’est pas une notion abstraite réservée aux spécialistes de l’environnement.
Dans certains endroits du Morvan, elle concerne directement les habitants, leur maison et leur capacité à continuer d’y vivre.
Lorsqu’on visite une maison ancienne, notre attention se porte naturellement sur la toiture, les murs, les fenêtres, le chauffage, l’électricité, l’assainissement ou encore le DPE.
Mais dans l’immobilier rural, une autre question devrait être posée très tôt :
Comment la maison est-elle alimentée en eau ?
Est-elle raccordée au réseau public ?
Dépend-elle totalement ou partiellement d’une source ou d’un captage privé ?
Où se trouve cette source ?
Quel est son débit et comment évolue-t-il au cours de l’année ?
Plusieurs habitations en dépendent-elles ?
Comment l’eau est-elle acheminée jusqu’à la maison ?
Qui entretient le captage et les canalisations ?
Existe-t-il des droits, conventions ou servitudes liés à cette installation ?
L’eau fait-elle l’objet d’analyses et peut-elle être considérée comme potable ?
Ce sont des questions importantes pour un acquéreur, mais également pour un propriétaire qui envisage de vendre.
Car une belle maison en pierre, un grand terrain ou une vue magnifique ne suffisent pas à rendre un bien habitable.
Une maison doit aussi disposer durablement des ressources et équipements indispensables à la vie quotidienne.
Il ne faudrait cependant pas considérer ces systèmes uniquement comme un problème.
Ils racontent aussi l’histoire du territoire.
Pendant des générations, les habitants du Morvan ont dû composer avec le relief, l’éloignement des villages et la dispersion de l’habitat. Sources, fontaines, captages, puits, chemins et réseaux locaux ont permis à des maisons et des hameaux d’exister parfois loin des infrastructures que nous considérons aujourd’hui comme évidentes.
Ces sources font donc, à leur manière, partie du patrimoine rural.
Au même titre que les maisons en pierre, les murs, les haies, les chemins ou les anciennes granges.
La différence est qu’une source n’est pas seulement un témoin du passé.
Elle peut encore être indispensable à la vie quotidienne.
C’est précisément ce qui donne tout son sens au projet « MORVAN VIVANT, sauvons une source et replantons une forêt ».
Le projet lance un appel aux dons pour préserver une source et replanter une forêt dans le Morvan.
Pris séparément de notre quotidien, cela pourrait apparaître comme un projet essentiellement environnemental.
Mais lorsqu’on connaît la réalité de certains hameaux, on comprend que la question des sources va beaucoup plus loin.
Une source peut alimenter un lieu de vie.
Sa préservation peut donc concerner à la fois l’eau, les paysages, la biodiversité, le patrimoine rural et l'avenir de l'habitat dans le Morvan.
C’est aussi pour cette raison que j’ai souhaité relayer cette initiative.
Mon métier m’amène à entrer dans des maisons très différentes, à rencontrer leurs propriétaires et à comprendre ce qui permet réellement d’y vivre.
Et parfois, derrière une estimation immobilière, on découvre une réalité beaucoup plus large.
Ces deux maisons alimentées par une source m’ont rappelé quelque chose d’essentiel : une maison rurale ne s’arrête pas aux limites de sa parcelle.
Elle dépend de son environnement, de ses accès, de son assainissement, de ses réseaux et, parfois, d’une petite source située quelque part dans le paysage.
La question de l’approvisionnement en eau mérite donc, à mon sens, davantage d’attention lorsque nous parlons d’immobilier dans le Morvan.
Pour les vendeurs, il est important de connaître précisément le système qui alimente leur propriété et de pouvoir transmettre les informations disponibles.
Pour les acquéreurs, il faut comprendre ce que l’on achète et ne pas hésiter à poser des questions très concrètes sur l’origine, la qualité et la disponibilité de l’eau.
Et collectivement, nous avons aussi intérêt à prendre conscience de la valeur de ces ressources locales.
Car nous sommes nombreux à ouvrir notre robinet chaque matin sans même y penser.
Ailleurs, quelques kilomètres plus loin, des habitants savent parfaitement d’où vient leur eau.
Ils connaissent leur source.
Ils savent parfois où passe la canalisation.
Et ils savent surtout ce que signifierait le jour où cette source ne coulerait plus.
Préserver une source dans le Morvan, ce n’est donc pas seulement préserver de l’eau.
C’est parfois préserver la possibilité même de continuer à habiter un lieu.
Le projet MORVAN VIVANT – Sauvons une source et replantons une forêt fait actuellement l’objet d’une campagne de financement participatif.
Si cette initiative vous touche, vous pouvez découvrir le projet, participer à la collecte ou simplement la partager autour de vous.
Parce qu’avant de devenir l’eau qui coule d’un robinet, l’eau est d’abord une ressource naturelle qu’il faut protéger.